Nous reprenons ici un article en deux parties publié par notre Présidente d’Honneur, le Dr Yasmine Liénard. Une compilation intéressante sur les idées reçues qu’elle entend couramment dans sa pratique quotidienne…

Meditation, looking for enlightenment. Mindfulness concept.

Bonjour à tous et à toutes

Le titre de cet article est peut être un peu prétentieux, comme si je détenais à moi seule la vérité sur ce sujet..en fait je veux vous partager plutôt ce que je reçois comme témoignages au sujet de cet outil qui est devenu très en vogue et remettre à plat quelques idées reçues qui abondent en ce moment sur ce thème et peut-être résumer également ma propre position

  • La pleine conscience c’est à la mode :

Oui, on en parle partout, dans les médias, dans les librairies, dans les universités, dans les congrès, dans les entreprises.

Le succès vient du fait que cela a montré des résultats scientifiques certains sur la dépression, la douleur chronique, le stress, l’anxiété, les troubles alimentaires….c’est donc basé sur des données réelles et prometteuses.

Par ailleurs c’est facile à transmettre, cela ne nécessite pas de matériel particulier.

Toutefois ce n’est pas si simple à pratiquer et puis certaines personnes le font sans avoir suffisamment approfondi elles-mêmes et donnent peut-être l’impression que c’est un bon « filon ». Mais elles sont rares. Nous avons créé une communauté engagée dans cette discipline et nous passons notre temps à nous remettre en question, nous former etc… Ce n’est pas simple tous les jours car nous sommes confrontés au défi de le pratiquer, de l’enseigner mais aussi de l’expliquer à une société qui n’est pas habituée à ce nouveau mode de pensée.

  • La pleine conscience c’est du business

C’est VRAI. Les groupes de méditation ont beaucoup de succès et qui dit groupe dit plus d’argent que des consultations individuelles. De plus les formations sont parfois chères.

Dans ce domaine, en revanche, nous sommes nombreux à compenser le fait que cela nous rapporte de l’argent en donnant du temps bénévole. La plupart des acteurs de la pleine conscience développent des qualités humaines du fait qu’ils méditent (nous en parlerons plus loin) et donc font beaucoup pour des œuvres humanitaires, ou pour aider. C’est le cas de Christophe André qui intervient par exemple pour Emergences au profit du Tibet, de Ilios Kotsou, de Benjamin Blasco qui a créé l’application Petit Bambou et qui offre des ateliers gratuits, comme moi aussi et les intervenants des « Mercredis Autrement » où l’on donne du temps bénévole en recevant des dons modestes, ou ceux qui s’investissent à « S’asseoir ensemble » qui est totalement gratuit, etc.

Si certains ne pensent qu’à faire de l’argent avec la pleine conscience, ils n’ont pas beaucoup de succès car cela se remarque assez vite, et puis entre nous, nous ne sommes pas tendres, nous nous critiquons sans cesse sur notre rapport à l’authentique motivation et intention donc difficile de ne pas y mettre vraiment du cœur !

  • La pleine conscience c’est piqué au bouddhisme et ce n’est pas différent de l’hypnose ou de la sophrologie

Oui c’est VRAI, la pleine conscience n’est pas un nouveau concept neuf, c’est le Maître Thich Nhat Hanh et Jon Kabat Zinn qui ont démocratisé les enseignements les plus fondamentaux du bouddhisme zen et vipassana en retirant les aspects plus mystiques ou rituels. Mais l’enseignement du sattipatana sutra dans vipassana est le cœur de la pleine conscience. Le bouddhisme, à chaque fois qu’il est arrivé dans un pays et une nouvelle culture, a été traduit pour s’adapter à la mentalité des personnes. Ainsi de L’Inde, il est arrivé au Tibet puis en Chine puis au Japon où il est a donné le zen Soto, puis le Vietnam. Pour les Occidentaux, c’est par la science et par un discours rationnel et cartésien que l’enseignement du Bouddha sur la souffrance et les moyens d’en sortir arrivent. Ainsi c’est frustrant d’avoir des protocoles épurés et dépouillés de toute la richesse des enseignements du Bouddha mais ce n’est pas forcément un rapt mais une traduction pour tous et surtout pour ceux qui sont réfractaires aux religions (même si le bouddhisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit). Nombre de mes patients ne méditeraient jamais si il n’y avait pas les protocoles MBSR et MBCT.

Et la sophrologie a été créée à partir du bouddhisme zen entre autres, donc normal qu’on retrouve des choses communes. De même l’hypnose tisse avec le corps une relation particulière et des états de conscience modifiés pour accéder aux ressources inconscientes du sujet. En méditant on peut être dans des transes hypnotiques et en pratiquant l’hypnose, on développe une pleine conscience sensorielle…

  • La pleine conscience c’est pour le bien-être, on fait le vide dans sa tête

VRAI et FAUX : une des pratique est de se centrer sur le souffle et laisser passer les pensées, donc on peut prendre un peu de distance avec ses pensées qui sont moins envahissantes. Mais cela n’arrive pas tout de suite et ce n’est pas automatique. On peut méditer et avoir beaucoup de pensées.

On peut se sentir bien en méditant mais on peut aussi traverser des douleurs et des émotions difficiles. Ce n’est donc pas une technique de bien être à proprement parler.

  • La pleine conscience, c’est une arnaque, ça ne rapporte rien

VRAI et FAUX . En fait personne n’est obligé de le faire et tout le monde n’aime pas méditer. Il y a plusieurs types d’exercices, on peut choisir ce qui nous convient. Ça ne porte pas de fruits immédiats et d’ailleurs plus on veut qu’il se passe quelque chose, moins on va changer, c’est tout le paradoxe de cette pratique. Elle est basée sur le lâcher prise, lâcher le fait de vouloir changer les choses, accepter, accueillir la vie ses épreuves autrement, avec plus de sagesse. C’est cela qui soigne et détend. Mais ce n’est pas rationnel et ce n’est qu’en pratiquant régulièrement qu’on finit par goûter par l’expérience ce que cela veut dire.

  • Quand on pratique la pleine conscience et a fortiori quand on est instructeur, on est parfaitement gentil, zen, et on sourit tout le temps

FAUX : la plupart d’entre nous sommes toujours en chemin et travaillons sur nos propres peurs, tendances mentales et émotions. Plus on médite et plus on se rend compte que tout est impermanent, que nous n’avons pas une personnalité stable. Nous devenons vulnérable parce que nous nous rendons compte que la réalité n’est pas quelque chose de fixe et nous voyons en face le fait que nous allons vieillir ou mourir. Nous nous rendons compte de plus en plus de nos imperfections avec lucidité et parfois méditer nous met face à nos vieux schémas voire traumas refoulés. Nous sommes des humains ordinaires. Pour arriver à une sérénité profonde et permanente, qui ne soit pas sur-jouée (parce que l’on peut être tenté dans les milieux du développement personnel et de la méditation de jouer un rôle, de faire semblant d’être super heureux et de sourire pour donner l’impression que tout va bien) il faut avoir pratiqué des années de méditation et atteint des degrés de libération des peurs fondamentales, que traversent tous les humains, importants et rares. Donc méditer et enseigner la méditation, même si on n’est pas un Bouddha au Nirvana est possible et nous rend juste plus humbles et plus humains. Nous faisons donc encore beaucoup de maladresses relationnelles. D’ailleurs, la bienveillance n’est pas synonyme de passivité et nous pouvons tout à fait être en colère, mettre des limites à des comportements néfastes etc. Méditer n’est pas devenir un chamallow mou c’est faire face à la réalité de la façon la plus lucide possible !

J’ai bien sûr encore beaucoup d’autres préjugés à décortiquer, rendez vous dans de prochains écrits !

Beaucoup de personnes sont agacées par le succès de cette approche parce que cela les interroge, qu’il n’y arrivent pas, ou qu’ils sont méfiants quant au caractère « business ». Personnellement je comprends ces réticences et je dirai que la pleine conscience fait partie aussi d’un changement de paradigme plus global où l’on se doit de développer plus d’intelligence collective. Elle est donc une alliée pour une transition sociologique nécessaire (certains parlent de post modernité) et son succès est aussi lié au contexte politique et sociétal actuel où nous devons mieux vivre ensemble, sortir d’un mode de pensée dichotomique, et intégrer de nombreuses données en même temps. On a montré que la méditation transformait notre rapport aux choses en développant des capacités intellectuelles nouvelles. Je crois que cela justifie pourquoi elle a tant de succès. Mais elle n’est pas une panacée, ne convient pas à tous et n’est qu’un outil dans la palette des ressources de la vie de chacun. Il y a une vie à part la pleine conscience !

Bien à vous

Dr Yasmine Liénard

Source : http://www.pleine-conscience.fr