Les-timbres-psychologiquesVous est-il déjà arrivé de vous mordre la langue et de vous empêcher de dire ce que vous pensez à quelqu’un ? Vous est-il déjà arrivé de sentir votre cœur ou votre poitrine se serrer lorsqu’on s’adressait à vous et de ne rien répondre ? Vous est-il déjà arrivé de ruminer des reproches mentalement et de les garder pour vous ? Vous est-il déjà arrivé de subir les événements sans rien dire ? Il est possible alors que vous ayiez déjà commencé à “coller des timbres”. L’article qui suit vous explique ce principe des “timbres psychologiques” issu de l’Analyse Transactionnelle et pourrait vous aider à mieux comprendre ce qui se passe dans certaines de vos relations.

Eric Berne, pour décrire un phénomène courant dans les relations humaines a utilisé la métaphore des timbres-cadeaux. Il s’agit de ce carnet donné par les commerçants et dans lequel on colle les timbres qu’on obtient en fonction du montant de nos achats. Il permet au commerçant d’éviter de faire une ristourne immédiate et de la différer dans le temps.

Pour Eric Berne, de très nombreuses personnes gèrent leurs sentiments comme elles géreraient des timbres-cadeaux.

À chaque fois qu’un sentiment n’est pas exprimé, on obtient un timbre-cadeau psychologique qu’on colle dans un petit carnet dédié (ou non) à la personne concernée.

Chaque personne a un comportement qui lui est propre avec ses timbres. Certains vont se précipiter pour échanger leurs timbres contre un petit cadeau dès que le minimum sera atteint. D’autres au contraire vont les accumuler pour obtenir le plus gros cadeau possible.

Mais un exemple vaut mieux que de longues explications :

Le “cas” Dugenou

Madame Dugenou découvre un matin en arrivant au travail, un jeune homme qui l’attend dans son bureau. Elle le questionne et découvre qu’il s’agit d’un stagiaire dont elle va devoir s’occuper. Mme Dugenou vérifie auprès de son supérieur direct, son “N+1” que c’est bien de cela dont il s’agit et en obtient très rapidement la confirmation. Mme Dugenou est en colère après son supérieur pour ne pas l’avoir informée plus tôt, pourtant, elle ne lui en dit rien. Elle colle un timbre dans son carnet “N+1”.

Le temps qu’elle fasse sa vérification, le jeune stagiaire s’amuse à faire des tours sur lui-même dans son fauteuil de bureau. Mme Dugenou est excédée. Elle lève les yeux au ciel, soupire et envoie le jeune faire des photocopies. Elle colle un timbre dans son carnet flambant neuf “stagiaire”.

Dans la journée, Mme Dugenou a sa meilleure amie au téléphone. Celle-ci lui annonce qu’elle ne pourra pas sortir le lendemain comme c’était convenu entre elles. Mme Dugenou dit qu’elle comprend et que ce n’est pas grave. Déçue, elle colle un timbre dans son carnet “meilleure amie”.

Le soir, en rentrant chez elle, Mme Dugenou constate que son mari n’a pas fait les courses comme elle le lui avait demandé. Vexée et fatiguée, elle préfère ne rien dire… Pour le moment. Elle colle un timbre dans son carnet “mari”.

Le lendemain matin, Mme Dugenou arrive en retard au bureau. Elle a collé un certain nombre de timbres dans son carnet “automobilistes”. Le jeune stagiaire est avachi sur une table. Elle colle un nouveau timbre dans son carnet “stagiaire” avant de lui confier une mission qui l’emmènera loin de son bureau.

Son supérieur arrive et fait remarquer, de manière assez abrupte et sans lui demander d’explications, son retard à Mme Dugenou qui colle un nouveau timbre dans son carnet “N+1”. Il ajoute qu’il serait bon qu’elle fasse un peu attention à son travail car elle avait rendu un rapport avec des fautes plusieurs semaines auparavant. Mme Dugenou n’avait pas encore refermé son carnet “N+1” et y colle donc un  timbre supplémentaire.

Quand le jeune stagiaire revient et que Mme Dugenou constate qu’il a fait toutes les photocopies en recto simple, elle explose, lui disant qu’elle n’a jamais vu un bon à rien pareil et qu’il resterait assis sans toucher à rien le reste de la journée. Pour Mme Dugenou, c’est important de ne pas gâcher le papier.

Analyse

Mme Dugenou a donc attendu d’avoir 3 timbres dans son carnet “stagiaire” avant de l’échanger contre son “cadeau” : un jeu psychologique dans lequel elle se place en position de Persécutrice vis à vis du jeune stagiaire, qui devrait vraisemblablement assez bien endosser le rôle de Victime.

Mme Dugenou aurait pu faire les remarques qui convenaient à propos de son attitude au jeune stagiaire, en communiquant sur ce qu’elle ressentait (son agacement), sur ses besoins non satisfaits (rigueur, efficacité…) et en lui faisant une demande claire et précise sur ce qu’il pourrait faire pour lui rendre la vie plus belle (à commencer par se tenir droit et manifester son attention).

De la même manière, elle aurait pu demander à son mari la raison pour laquelle il n’avait pu faire les courses et exprimer, sans reproche, la colère qu’elle ressentait parce qu’elle avait besoin de considération et de soutien.

Elle aurait pu dire à sa meilleure amie, la tristesse qu’elle ressentait parce qu’elle avait besoin de légèreté et de partage, et lui demander à quel autre moment elles pourraient se voir.

Et enfin, elle aurait pu exprimer à son supérieur son agacement lié à son besoin de communication non satisfait dans un premier temps. Puis dans un second temps, sa frustration de n’avoir pu expliquer son retard, liée à un besoin de vérité, et sa confusion et sa gêne liées à son besoin de perfection.

Il est clair que son supérieur a profité du retard de Mme Dugenou pour coller un ultime timbre dans son carnet “Dugenou” et pour réclamer son petit cadeau : une remontrance en bonne et due forme, en position de Persécuteur.

Pour finir

Imaginez que, pour chaque carnet de timbres, les règles de retrait des cadeaux soient différentes… Imaginez, comme ça a été le cas pour Mme Dugenou lors de la remontrance par son supérieur, que le retrait d’un cadeau engendre lui-même de nouveaux timbres… Imaginez qu’il puisse y avoir des erreurs de collage, que Mme Dugenou ait par exemple collé les timbres de son supérieur dans son carnet “stagiaire”. Eh oui, c’est injuste mais c’est comme ça…

Vous prendrez rapidement conscience de l’énergie et du temps dépensés en pure perte, du stress engendré et de la qualité des relations que pourraient avoir les êtres humains s’ils partageaient leurs sentiments et leurs besoins sans jugements.

Boris Amiot

Source : http://www.borisamiot.com/les-timbres-psychologiques-ou-le-prix-du-silence