les-13-14-et-1510-la-joie-au-coeur-de-chaque-instant-séminaire-avec-séverinne-millet
N’utilisons pas la spiritualité pour nous planquer de notre humanité.
Soyons vivant, dans une profonde adéquation avec le réel.
Ce que nous sommes est aussi dans le fait de pouvoir être affecté, bousculé, dévasté par la vie et les émotions.
Ce texte est très long, mais j’ai envie de partager ce que je ressens de biaisé ces derniers temps dans une forme d’enseignement sur la quête de soi. Je trouve que trop souvent, parfois malgré nous, et malgré l’authenticité et la vérité de ce que nous partageons, nous faisons miroiter un eden où tout serait parfait, pure, intouchable, super à vivre, alors que la vie n’est pas toujours super, il y a des moments difficiles, parfois très difficile, éveil ou pas.
Si vous avez envi d’être vivant, quoi qu’il arrive, ce texte est pour vous.
Si vous voulez trouver un endroit confortable grâce à l’éveil, ne perdez pas votre temps à le lire.
Beaucoup ici espèrent l’éveil.
Certains disent le vivre.
Et parfois nous l’attendons ou le vivons plus comme une expérience transcendante qui nous protège de la vie alors qu’il s’agit essentiellement d’une clarté sur la réalité.
Clarté et Ouverture.
Voilà mon expérience.
Dans cette clarté, dans cette Ouvert, tout peut advenir, même le pire.
Nous utilisons trop souvent l’éveil (ou sa quête) pour nous cacher de nos blessures profondes et de nos peurs : peur du corps, peur de la mort, peur de la vie, peur du monde dans lequel nous vivons.
J’ai toujours été dans une voie très incarnée dans la vie quotidienne et dans le corps, j’ai toujours été vigilante à ne pas échapper à la vie la plus crue, aux émotions les plus fortes, et à ramener chacun, au grès des satsang, dans sa vie, dans son quotidien car c’est là que la plus haute spiritualité pour moi se joue.
Pourtant, la vie m’a offert de vivre pendant plusieurs années à partir d’un détachement : j’étais touchée, concernée par ce que je vivais, mais non affectée. Parfois ce détachement était si fort, que le monde pouvait perdre son sens, je le vivais en transparence, mais cela s’accompagnait aussi d’un déracinement du corps qui m’indiquait que je ne pouvais rester là, qu’il fallait revenir dans un ici et maintenant plus incarné.
Je savais par ailleurs que certaines blessures et peurs n’avaient pas été totalement rencontrées et qu’il me faudrait y revenir un jour.
Le chemin est un long déconditionnement et cela prend de nombreuses années, ne vous leurrez pas la dessus.
Il faut du courage pour être totalement, inconditionnellement soi/Soi, cette profonde vérité de l’instant, cette immobilité hors du temps, ce silence au coeur même du bruit et du chaos du monde.
Tout cela au sein même du monde et de la vie.
Pas en dehors ni au delà ni au dessus.
La vraie tranquillité ne se vit pas perché dans la transcendance mais ancré et incarné dans le réel le plus cru.
Le vrai silence inclus notre douleur la plus intime.
Et le réel est constamment là sous nos yeux, mais nous voulons le transformer, le transcender pour le manipuler et en faire quelque chose qui nous satisfait.
Lorsque la grâce de l’éveil à la réalité nous est donnée, nous faisons parfois la même chose en utilisons l’énergie disponible pour nous fixer dans un état de joie très fort, dans un absolu intouchable, dans un impersonnel parfois puissant, qui n’est encore qu’une façon de sublimer le réel pour éviter notre humanité, dont la souffrance.
Et nous pensons que nous sommes arrivés quelque part, que tout est vu.
Et certains enseignent à partir de là, entrainant d’autres personnes là, par l’énergie puissante de la transcendance.
Et plus nos souffrances sont profondes et plus nous souhaitons aller (ou rester) là.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas vivre ça, si c’est ce qui se présente, je dis qu’il faut affiner sa clarté pour voir qu’on s’est « arrêté », « fixé » dans une expérience parce que nous avons une tendance à vouloir éviter quelque chose de douloureux. Je rencontre des personnes qui ainsi se « fixent » pendant des années, par manque de clarté. Plus on attend et plus le retour au réel est très douloureux.
Alors, à un moment j’ai demandé à la vie de me montrer tout le prisme de la réalité, de m’aider à aller encore plus profondément dans mon humanité.
Et la vie m’a fait cette grâce depuis 1 an et demi de me ramener dans la possibilité d’être affectée.
Plus aucune distance.
D’être même émotionnellement totalement submergée.
De voir qu’une partie de moi n’avait plus envie de vivre.
J’ai vécu en parallèle un retour massif de l’égo, du moi contracté.
Et une certaine forme de souffrance est revenue, alors que ce mot avait depuis 7 ou 8 ans perdu son sens premier et ne me concernait plus vraiment.
Putain bordel de merde.
Immense leçon d’humilité.
Immense grâce.
J’avais déjà vécu de nombreux « allers et retours » au fil des ans, et peu à peu quelque chose s’était intégré en moi, une simplicité, une tranquillité d’être, au coeur de chaque instant, quoi qu’il soit.
J’avais intégré profondément le fait qu’il n’y a pas d’aller et retour, qu’il n’y a qu’un mouvement au sein d’un même coeur.
Ce coeur que je suis, espace ouvert.
Et pourtant, au sein de la même présence, de la même ouverture, soudain une forme de désespoir est venu et viens encore me chercher d’une façon crue, sans échappatoire.
J’entends d’ici certains dire (et j’ai pu me le dire ici ou là) : « tu es encore dans l’attachement, il n’y a personne, tout est transparence, tu saisis l’expérience, blablabla ».
Même si c’est vrai, ce sont encore des mots, des concepts.
J’ai beaucoup lutté, résisté, je me suis jugée.
Je le fais encore ponctuellement, c’est ma fragilité de me juger.
Je ne peux qu’être le témoin de cette résistance et ce jugement.
Occasion sans pareille de rencontrer à la racine ces émergences du vivant.
Mais au delà de ça, l’invitation est d’inclure en moi quelque chose de plus profond et radical.
Un abandon inconditionnel à la vie la plus humaine qui soit.
Car en quoi tout cela serait-il à exclure ?
Je l’ai partagé ici souvent : l’éveil n’est pas un état, c’est une clarté profonde sur le réel.
Et le chemin est un dépôt profond dans ce réel, un abandon à ce qui est, quoi que cela soit.
Alors la seule même question demeure : quand tout « revient », la non distance, la saisie, le rejet, l’inconfort, l’attachement, la tristesse, etc, etc. Que suis-je ?
Car, malgré l’inconfort et ma très grande difficulté à revivre à partir de ce « moi » soudain à nouveau très contracté, il a bien fallu que je reconnaisse d’une part qu’il y avait un accord profond à vivre ça, et que par ailleurs : je suis toujours la même.
Dans l’absolu et le relatif, toujours la même.
Dans la tristesse et la joie, toujours la même.
Dans la tranquillité et le chaos : toujours la même.
Ce Qui Est, quoi que cela soit.
L’instant le plus cru, le plus profond, quoi que cela soit.
Et la il faut se donner totalement à ça.
Totalement.
Consentir absolument à cette humanité là.
Mais pas un truc qui transcende, sublime, dépasse, accueille.
Pas de distance, pas de fuite dans l’absolu, le détachement, une fausse liberté qui ne serait en réalité qu’un éloignement factice du réel pour se planquer.
Plus profond que ça.
Pas un truc qui observe de loin, tel un témoin désincarné, la tristesse (et la joie ), un genre de « Mme ou Mr propre de la spiritualité » qui observe de loin la vie, « vous savez, très cher, cette manifestation qui n’est qu’un rêve ».
Ce serait encore une fuite.
Non, un truc vraiment vivant.
Une profonde adéquation à ce qui est.
On m’a souvent dit que quand je partage, c’est vivant, profondément humain.
Alors encore plus vivante, encore plus humaine.
Et là c’est vraiment l’amour, celui de la Rencontre, dans cette humanité, entre toutes les parties de moi du plus sublime au plus désastreux. Tous aspects de moi.
Un abandon profond à cette humanité là.
Ce que nous sommes est aussi dans la possibilité d’être affecté, de saisir l’expérience comme sienne, d’être dévasté par l’émotion et de se prendre pour quelque chose ou quelqu’un.
Etre libre en étant affecté, dévasté par l’émotion, voilà l’ultime challenge.
Car tout cela aussi est un aspect de la Réalité.
Sinon il n’y a pas Un mais Deux : ce qui n’est jamais affecté (absolu) et la possibilité de l’être (relatif). Ce qui est libre et ce qui ne l’est pas.
Ce que vous êtes est déjà ce que vous êtes.
Je l’ai dit mille fois ici, ne cherchez pas en dehors de votre corps, de vos émotions, de vos perceptions, de votre vie quotidienne, de vos marasmes.
Ce que vous êtes est là.
Dans mon expérience, n’y a pas de non dualité, parce qu’il n’y a pas de dualité.
Tout est la grâce, tout le temps.
Autorisez-vous à vous donner au joyeux joyeux bordel que vous êtes déjà.
Apprenez à vous déposer dans cette humanité telle qu’elle se présente à vous à chaque seconde.
Il n’y a rien d’autre.
Juste vivant.

Séverine
www.laseve-et-lerien.com

Peinture : Fabienne Verdier