L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps, mais, pour moi qui ai déjà du mal à sauter un repas, autant dire que cela m’apparaissait être une épreuve redoutable voire, il faut bien le dire, complètement impossible. Et il se trouve que j’ai récemment pris une semaine de congés toute seule et que le défi m’a semblé pouvoir être tenté. Parce que, pour être honnête, si je n’aime pas sauter les repas, j’adore les challenges !

J’ai donc beaucoup lu sur la question, interrogé ma naturopathe préférée, Sophie Cochet, et suivi ses conseils. J’ai commencé à me préparer à entrer dans ce jeûne près de deux semaines avant, en supprimant peu à peu, les protéines et graisses animales, alcool, café, thé, puis les céréales et enfin les matières grasses et oléagineux pour ne garder les derniers jours que fruits et légumes. Pendant toute cette période, j’ai commencé à boire plus d’eau et de tisane et fait une cure de charbon activé.

La veille de l’entrée dans le jeûne, j’ai pris la route pour rejoindre la charmante petite maison de bord de mer où j’allais passer cette semaine de repos. Ce jour-là, je n’ai mangé que deux pommes. Et franchement, assez étonnamment, ça allait.

J’avais emporté mon extracteur de jus et je me suis arrêtée en route dans une boutique bio pour m’approvisionner en eau, fruits et légumes. Comme je tenais à ce que cette semaine soit aussi un temps de retour sur soi, j’avais aussi deux enregistrements de séances de yoga que m’avait gentiment transmis notre adhérente Maryse, que je remercie encore au passage.

J’ai essayé de me tenir à peu près au rythme suivant tout au long de la semaine : réveil vers 8h00, petit temps tranquille à prendre des notes (on rêve beaucoup quand on jeûne), puis lever, tisane prise tranquillement face à la mer (que du bonheur !), séance de yoga debout, prise d’un jus vers midi. Ensuite je partais en vadrouille à pieds ou en voiture en emportant de l’eau et une thermos de 500 ml de tisane. Retour vers 16h-17h. Un moment paisible sur la plage à bouquiner. Séance de yoga allongé vers 19 h. 2e jus de la journée vers 20h.

Le matin, je prenais un jus « orange » avec 3 carottes, 1 orange, 1 citron, un morceau de gingembre frais, un autre de curcuma frais et quelques petits morceaux de céleri branche. J’ai pris l’habitude de mettre les écorces d’agrumes dans ma thermos, j’y ajoutais un petit morceau de bâton de cannelle, du gingembre, 1 étoile d’anis, des fleurs d’hibiscus séchées et un sachet de chaï au curcuma. Cette thermos remplie d’eau chaude m’accompagnait pendant mes sorties.

Le soir, je prenais un jus « vert » avec concombre, céleri branche, orties (cueillies pendant ma promenade) ou pousses d’épinard, chou marin (cueilli sur la plage), 1 pomme, un morceau de gingembre, un morceau de curcuma.

Je buvais environ 1,5 l d’eau pure en plus du bon litre d’infusions que j’absorbais à certains moments de la journée.

J’avais lu partout que c’est un peu dur les deux premiers jours, mais qu’à partir du 3e, les choses s’arrangent. J’ai donc tenu vaillamment en attendant le miracle : que la faim me lâche ! Elle n’était pas pénible tout le temps mais bien présente. A partir du 2e jour, je me suis sentie « cotonneuse » le matin au réveil. Cela ne m’a pas empêchée de faire de grandes marches à pieds de 6 à 7 kms ces deux premiers jours.

Le 3e jour, j’avais besoin de retourner acheter de l’eau, des fruits et des légumes. Je déconseille de mettre un pied dans un magasin d’alimentation pendant la semaine, c’est une funeste erreur ! Je suis passée, en mode stoïque, pff m’en fous, entre les rayons, pris ce dont j’avais besoin et me suis rapatriée dans ma petite maison complètement désemparée mais bien décidée à ne pas lâcher l’affaire. La faim me taraudait encore plus que les deux jours précédents et je me sentais toute faiblarde.

Le 4e jour, j’ai vraiment dû me pousser au train pour faire ma séance de yoga du matin. Après le jus de midi, je me suis allongée et ai dormi une bonne heure. En me réveillant, la faim avait disparu comme par magie. A partir de ce moment-là, la faim est devenue très gérable avec des moments où elle était un peu plus présente que d’autres.

Le 5e jour, j’ai eu un gros coup de blues. Je me suis demandée pourquoi je me faisais subir tout ça. Je trouvais que c’était quand même très difficile et que, tant qu’à prendre des vacances, autant en profiter pleinement, non ? Espérais-je qu’en relevant ce défi débile j’allais gagner un niveau au grand jeu de la vie ? Bref, le corps tenait le coup, mais c’est le mental qui a décroché. Ce soir-là, je me suis installée sur la plage et ai contemplé le soleil se coucher jusqu’à ce qu’il disparaisse totalement à l’horizon et que la première étoile s’allume. La longue contemplation de ce spectacle magnifique m’a sortie de mes sombres idées. Cette nuit-là, pour la première fois depuis des années, j’ai dormi huit heures d’une traite sans me réveiller.

Le 6e jour, je me suis réveillée fraîche et dispose, pleine d’énergie et d’entrain. J’ai passé une super journée avec le sentiment que quelque chose s’était réajusté quelque part au fond de moi, même si je ne savais pas trop quoi. Je suis allée me promener, suis passée devant la boulangerie dont j’ai goûté les parfums sans qu’ils éveillent la moindre envie, devant les touristes attablés dégustant crêpes et glaces sans que je me sente en difficulté.

Le 7e jour, j’ai pris le chemin du retour et fait la route sans problème.

Le lendemain, j’ai partagé le brunch dominical avec ma petite famille en dégustant avec délice quelques fruits frais. Je reprends le rythme progressivement…

Au final, je ne regrette pas du tout cette expérience même si elle a été, à bien des égards, une véritable épreuve initiatique.

J’ai découvert qu’il n’y avait pas qu’une faim, mais DES faims. Toutes ne se manifestent pas de la même manière, ni ne provoquent exactement les mêmes sensations. J’ai appris à les identifier, les comprendre et, du coup, à les apprivoiser. Il peut y avoir ce côté impérieux dans la faim qui ne souffre ni délai, ni retard. On est alors comme un nourrisson réclamant le sein ou le biberon. J’ai contacté l’adulte qui sait prendre sa faim en patience. Il y a cette sensation de ventre creux bien particulière qui signale un fait physiologique. J’ai appris à m’y accoutumer en l’observant, sans la juger négativement ni positivement. Ce n’est qu’un signal du corps. Il y a aussi cette « fausse » faim, la fringale de fin de journée quand la fatigue pèse. Il suffit alors de se poser et de se reposer une vingtaine de minutes pour qu’elle disparaisse.

Tout cela est évidemment très personnel et aucune expérience n’est identique. Mais, si vous étiez tenté(e) par cette aventure, ne vous y hasardez pas sans préparation et faites-vous accompagner au besoin.

Prenez soin de vous ! 😊

Sophie Lespinasse