« L’homme doit s’élever au-dessus de la terre jusqu’au sommet de l’atmosphère et au-delà, c’est alors seulement qu’il sera pleinement capable de comprendre le monde dans lequel il vit. » – Socrate (469-399 av JC)

PatrickMes amis, en ce jour de septembre 2040 où l’Institut Planétaire des Futurs Souhaitables nous réunit une nouvelle fois à Delphes, en ce lieu de beauté où se parlent les humains et les dieux, je vais vous parler d’une technologie non pas nouvelle mais toujours neuve. Car à la différence des technè matérielles ou purement électroniques qui se révèlent vite obsolètes, il y a des technè, des vecteurs puisque tel est le Sens de ce mot en grec, qui traversent les siècles et mêmes les millénaires, car elles expriment la nappe phréatique de la vie et de la conscience. C’est pourquoi, d’ailleurs, le terme de technologie ne devrait être utilisé qu’au singulier puisque si les techniques sont multiples, le discours sur la technè, le langage sur ces outils, est un langage commun, un langage universel, ou ce qu’il y a d’essentiel peut se partager. Et dans ce langage, il existe un Trésor à l’image de ceux des dieux que l’on peut retrouver dans ce lieu mythique qui nous surplombe. Un Trésor qui demeure parce qu’il dit ce qui compte et non pas ce que l’on compte. Il rassemble ce que l’on peut appeler, non plus comme dans les débuts du 21ème siècle des NTIC, des nouvelles technologies d’information et de communication, ou plus tard des NBIC des nanobio technologies informationnelles et cognitives, mais les TNTS, les « Toujours Neuves Techniques de Sagesse », telle la qualité de rapport à soi-même, à autrui et au monde, celles-là même qui font qu’un Socrate, un Bouddha ou un Jésus continuent de nous transmettre des paroles de vie au-delà des siècles. Non qu’il faille se détourner des technè contemporaines, mais toujours les replacer dans le cadre d’un discernement sur les fins auxquelles elles doivent rendre un service.

S’il est un lieu où l’humanité peut se ressourcer dans cette sagesse profonde, c’est bien en effet celui de ce pays maltraité dans les vingt premières années de ce siècle par une Europe qui avait fini par oublier qu’elle en était la première fille. Cet amour de la sagesse, cet art de la dégustation de la vie qu’elle nomma philosophia, était aussi une sagesse de l’amour. Car vous l’avez compris mes amis, au cœur du cœur de ce qui compte, non seulement pour les humains mais pour leurs dieux, il y a cette force créatrice de l’Amour qui est à la fois Source et destination, Origine et Sens. Obsédés par leur fascination productiviste, les humains ont pendant longtemps prétendu « faire l’amour ». Prétention aussi absurde que lorsqu’ils ont entrepris de fabriquer de l’eau potable puis de l’air purifié dans leurs multinationales pour compenser la pollution massive qui avait transformé ces deux biens gratuits et abondants en marchandises rares et chères. Or l’Amour, comme l’air, l’eau, la lumière, ne se fabrique pas. Il s’accueille et se transforme mais il n’est pas produit par les humains.

Il a fallu, souvenez-vous en mes amis, que l’humanité frôle l’abîme entre 2017 et 2025, en détraquant ses écosystèmes vitaux et en passant à deux doigts d’une apocalypse nucléaire, pour qu’un sursaut de conscience la saisisse et qu’elle comprenne que le Premier des biens communs dont elle avait commencé à parler dans les premières années du siècle, c’était elle même. Oui, cette famille humaine, ce Frater puisque tel est le Sens Premier du mot, qui signifie genre humain, était-il capable de se ressourcer à Nouveau dans ce Premier message fondamental de l’amour de la sagesse et de comprendre qu’il était lui-même un bien commun ? Ce bien que lui avait légué l’Univers, l’histoire du vivant et qui lui avait permis de transformer, de métamorphoser, ces deux éléments fondamentaux que sont l’énergie et l’information. Car aussi lilliputienne et imparfaite que soit l’humanité, elle avait ce pouvoir fabuleux, de transformer de l’information en conscience et de comprendre que la source de cette énergie d’aimantation – car toutes les énergies sont des sous-ensembles de cette loi d’attraction globale qui traverse l’univers- était en fait l’Amour.

Ce qui avait considérablement aidé l’humanité à progresser sur ce chemin c’est le moment où elle avait cessé de penser sa terre comme un pur matériau malléable et marchandisable, mais comme un miracle de la Nature. Les premiers astronautes, qui avaient pu voir la terre de l’espace, avaient été à l’origine d’un changement radical qui avait ébranlé toute la géopolitique. Eux qui, pour la plupart, avaient été auparavant des pilotes de chasse et avaient donc été les vecteurs de la logique Puissance dominatrice, de la posture de rivalité et de guerre, avaient connu une véritable conversion bien plus fondamentale que toutes les reconversions, en voyant la Terre vue de l’espace, ce nouveau siège de l’Olympe ou les dieux eux-mêmes apprennent à se dépouiller de la volonté de Puissance.

Car les deux sentiments qu’ils avaient éprouvés alors étaient ceux d’émerveillement et de fragilité. Émerveillement devant la beauté de cette magnifique Planète bleue et sentiment de sa fragilité. Ils avaient alors compris qu’à la différence de la Puissance dominatrice qui se nourrit du déni de la fragilité et se moque de la capacité d’émerveillement, ce sont au contraire les deux sources de la Puissance créatrice. Et ce changement radical de posture qu’ils avaient éprouvé, des centaines de milliers puis des millions et des milliards d’êtres humains avaient pu ensuite la partager dans les années 2020 grâce à ce que l’on appelait dans ces années une « application » que l’on pouvait faire tourner sur ces machines qui nous paraissent aujourd’hui totalement archaïques et que l’on appelait « smartphones ».

Cette application superbe dénommée Blueturn avait d’ailleurs été présentée en ce même lieu delphique, il y a désormais 23 ans. Elle permettait à chacun, en voyant lui aussi la Terre vue du Ciel tourner dans l’espace, de méditer sur l’incroyable chance qu’il avait de Vivre le voyage de l’univers de manière consciente et sur cette Planète magnifique. Il y ajoutait une musique de son choix comprenant à cette occasion que celle-ci était l’une de ces toujours neuves technè de sagesse et d’amour car elle exprimait par excellence une communication vibratoire. C’est d’ailleurs ce qui avait conduit le Conseil des sages de l’humanité, créé en 2025, à passer de la notion dominante à l’époque de « révolution numérique » (ou digitale) à celle de « métamorphose vibratoire ». Métamorphose plus que révolution – car il s’agissait d’une transformation infiniment plus riche et complexe qu’une simple inversion de polarités et vibratoire, car la numérisation n’était qu’un outil au service d’une communication vibratoire supérieure qu’avait révélé la physique quantique. Or qu’est-ce qu’une communication vibratoire supérieure sinon la recherche et le partage de l’Amour-même ?

Ce qui avait considérablement aidé aussi cette conversion, c’était la création de ce que l’on avait nommé des lieux multiculturels ou polyspirituels. Nés d’abord en France à la suite d’une modification de la loi de 1905 autorisant le financement public possible de lieux spirituels à condition d’être ouverts à toutes les traditions spirituelles, celles des religions transcendantes tout autant que celles de sagesses athées ou agnostiques, ce Projet s’était ensuite répandu dans le monde entier suite au vote par l’Assemblée générale des Nations Unies d’une résolution créant un fond mondial permettant le financement de ces lieux polyspirituels.

Or l’existence de ces lieux, après avoir permis dans un premier temps une formidable pacification des conflits interreligieux, avait aussi permis de nouvelles découvertes scientifiques car les communautés de chercheurs qui s’étaient constitués à cette occasion s’étaient émancipés du Yalta intervenu au cours du 20eme siècle entre une science dominée par un paradigme matérialiste et une quête spirituelle réservée aux seules religions transcendantes. Une formidable créativité scientifique et technique en était résultée qui avait permis aussi de mieux assurer le partage des rôles entre les métiers des humains et les jobs confiés aux robots. Le passage de ce que la philosophe Hannah Arendt avait appelé « la civilisation de l’œuvre » à la différence de celle du travail avait été nourrie par des réformes fondamentales telles l’instauration d’un congé ouvrier ou la mise en évidence de ce que permettait l’exception humaine au regard de l’intelligence artificielle. Car on avait compris enfin qu’un robot, même sophistiqué, ne peut réellement s’émerveiller, aimer et s’interroger sur le Sens de sa vie et de sa mort et que les grands métiers de l’avenir réservés aux humains étaient les métiers, les ministères mystérieux – on avait retrouvé le sens étymologique fort de ce mot – de la beauté, de la relation et de la quête de Sens….

Alors, mes amis, si je peux vous parler aujourd’hui grâce à cet hologramme, qui représente mon ancien corps terrestre désormais disparu depuis mon décès survenu en en 2037, c’est surtout grâce à l’un des plus anciens vecteurs de la TNTS que l’on appelait un testament. Ce testament que les humains utilisaient de plus en plus dans ces lieux polyspirituels non plus pour transmettre leurs biens matériels, mais pour dire à leurs compagnons de route en humanité ce qui leur tenait le plus à cœur, ce qu’ils avaient envie de leur transmettre comme valeurs. Valor, un mot latin qui veut dire « force de vie », celui-là même que les grecs ici appelaient « Éros » face à Thanatos.

Et bien, c’est de cette même confiance en ce dieu grâce auquel Gaïa et Ouranos, le Ciel et la terre, en se séparant ont pu laisser un espace ou se sont déployés les humains, en ce dieu de vie et d’amour, dont je veux aujourd’hui témoigner dans ce message que je vous transmets.

Moi qui, comme le disait Christiane Singer, me trouve désormais enlacé dans les bras de l’univers et qui ai désormais le privilège de rencontrer ces êtres de lumière dont nous parlaient ceux qui avaient vécu des expériences de mort imminente, je veux vous dire ceci :

« Abandonnez la peur et toutes ces passions tristes dont parlait le philosophe Spinoza. Choisissez la voie de la Joie, de la joie d’être, de la « Joie d’Amour » dont parlait un autre philosophe, Robert Misrahi, dans un livre magnifique paru en 2015 mais toujours aussi actuel. Vivez pleinement, intensément, cette vie « à la bonne heure » et comprenez que les êtres qui vous entourent ne sont pas des rivaux mais des compagnons de route en humanité.

Et même si vous ne croyez pas que ce qu’on appelle « la mort » est une métamorphose ouvrant sur une suite mystérieuse du voyage dans l’univers, savourez pleinement cette vie, aimez-la, chérissez-la et chérissez les êtres qui vous sont proches et avec lesquels vous avez la chance de partager ce voyage magnifique en étant membre de ce Peuple de la Terre désormais reconnu par l’assemblée des citoyens du monde.

Oui, vivez pleinement et sachez qu’ici, en Grèce, de tous nos dieux, ce sont Athéna et Éros, la sagesse et l’amour, qui l’ont enfin emporté sur la démesure du pouvoir qu’incarnaient Zeus, Hadès et Poséidon. Car, dès lors que les humains ont cessé de se fabriquer des dieux de toute Puissance et d’arrogance pour comprendre que la seule Énergie divine est celle de l’Amour, ils ont aussi donné la possibilité à leurs dieux d’en finir avec la malédiction dans laquelle ils les avaient enfermés et qui les avait rendu esclaves comme de cet autre Dieu tout-puissant, le Veau d’or fétiche qu’était le Dieu Argent. »

À l’époque de ma vie terrestre, j’aimais beaucoup cette phrase d’Alexander Lowen qui m’avait profondément marqué. Cette phrase de là où je suis désormais, je la trouve plus fondée encore et je vous la transmet en héritage : « Traverser la vie le cœur fermé, c’est comme faire un voyage en mer au fond d’une cale ! ». Alors, oui, les amis, je vous invite à ouvrir votre cœur et à monter sur le pont de la Vie !

Patrick Viveret

Intervention du 2 Octobre 2017 – Delphes – Grèce

A l’occasion de la présentation de l’application Blueturn organisée par l’Institut des Futurs Souhaitables – Utopia & 2040